Essor de l'industrie du savon

Le monopole des savonneries marseillaises

« Le roi, ayant été informé que la mauvaise qualité des savons qu'on fabrique maintenant en Provence, en a considérablement diminué le débit, qui était très-grand; et que l'altération qu'on y fait pour le poids, et les défauts qui s'y rencontrent pour le peu de soins qu'on a de préparer les matières, a pu donner lieu aux étrangers d'attirer et d'établir cette manufacture chez eux, ce que Sa Majesté désirait empêcher, elle a résolu, pour remédier aux abus qui se sont introduits, de remettre cette fabrique dans sa perfection, et ordonne ce qui suit

« ART.1er. Les manufactures de savon, de quelque qualité qu'elles soient, cesseront entièrement pendant les mois de juin, juillet et août de chaque année, sous peine de confiscation du savon.
« ART.2. Les huiles nouvelles ne pourront être employées à cette manufacture avant le 1er mai de chaque année, aussi à peine de confiscation de la marchandise.
« ART.3. Il est défendu de se servir dans la fabrique du savon, avec les barilles, soudes ou cendres, d'aucune graisse, beurre ni autres matières, mais seulement des huiles d'olive pures sans mélange de graisse, à peine de confiscation.

Au XVIIe siècle, l'industrie du savon est florissante. En 1660, Marseille compte ainsi 7 savonneries, même si la guerre contre l'Espagne vient couper les approvisionnements.

En 1666, Colbert, contrôleur général des finances sous Louis XIV, donne le monopole de fabrication à la ville de Toulon. Un échec cuisant qui le poussa deux ans plus tard à légiférer de nouveau et tenter de redresser la situation. L'industrie du savon revient à la ville de Marseille et y restera.

Colbert protège aussi les savonneries en instaurant une taxe décourageant les importations de savons étrangers. Assurés de vendre, les savonniers de cette époque finissent par produire un savon de moindre qualité, déteriorant ainsi l'image du savon de Marseille.

La première conséquence sera finalement de voir l'augmentation des importations de savon; effet totalement inverse à celui escompté!

L'edit royal de 1688

Le 5 octobre 1688, un édit du Roi Soleil tente donc de redresser la situation de cette industrie, soumettant les savonneries à un cahier des charges très stricte.

Il faudra pourtant attendre le début du XVIIIe siècle pour que le savon de Marseille retrouve une image propre, et se faisant, débute une nouvelle ère prospère.

Source: Les merveilles de l'industrie ou Description des principales industries modernes par Louis Figuier, édition Jouvet Furne 1873-1877 (Page 404).