L'invention du savon

Le « Sabun » Perse peut prétendre être à l'origine du savon puisqu'il est généralement admis que le savon d'Alep est fabriqué depuis plus de deux mille ans. Les savonniers de cette ville de Syrie seraient donc les découvreurs de la recette de saponification qui donne des savons durs ou savons en barre, tels que nous les connaissons aujourd'hui.

Au Ier siècle, les Romains utilisaient un détersif mou appelé alors « sapo », découvert grâce à leurs conquêtes des Gaulois et des Germains.

À Marseille

La recette de saponification en chaudron qui permet de faire des savons durs, auraient été importée du moyen-orient en Europe lors des croisades. L'espagne, longtemps sous la domination des Arabes, a également eu très tôt une industrie de savonnerie réputée et florissante.

Le premier initiateur dans la fabrication du savon fut Crescas Davin, alias Sabonerius, juif marseillais, que je trouve cité pour la première fois, en 1371, avec cette qualification de savonnier. Il exerça cette industrie conjointement avec l'achat et vente de diverses marchandises jusqu'en 1404; il eut pour successeur son fils Salomon Davin, alias sabonerius, que je ne retrouve plus dans les actes après 1418.

Quoi qu'il ne soit fait mention nulle part de la vente de leur produit, cette persistance à faire du savon pendant un demi siècle m'autorise à penser qu'il faut considérer comme étant d'origine marseillaise les 16 quintaux et 70 livres de savon dur, dont la provenance n'est pas indiquée et qui sont mentionnés dans un acte de nolisement du mois de novembre 1406. Ce savon fut exporté à Rhodes et à Alexandrie, ainsi que 140 milleroles1 d'huile et autres marchandises par un négociant de notre ville. (Prot. de P. Calvin. - Mr Decormis). Il est probable que ce premier essai de fabrication ne donna pas de résultats satisfaisants; et que les Juifs ne purent supporter la concurrence faite à leur produit par les savons de Gaëte, car je vois quelques uns de leurs coreligionnaires acheter à Jacques de Remezan, en 1452 et 1453, des savons provenant de cette ville au prix de 4 florins et 6 gros le quintal.

Cependant, jusqu'au dernier tier du XIVe siècle, rien n'indique la présence de savonneries à Marseille. Les archives de commerce ne font état que d'exportation relativement importante d'huile d'olive. Le savon était importé notamment d'Italie.

La première trace connue de fabrication de savon à Marseille remonte à 1371 (voir ci contre).

Jusqu'au XVIe siècle, les savonneries marseillaises ne font qu'imiter ce qui se fait ailleurs. Cependant, les techniques d'approvisionnement en matières premières s'améliorent alors que la suprématie de Gênes, qui fabriquait jusqu'ici les savons les plus réputés, s'écroule sous le poids des malversations.

Le savon fait à Marseille gagne ainsi en qualité, en popularité et s'internationalise.

Source: Revue de Marseille et de Provence - 1883 (Page 342).

1. Le Millerole est une ancienne unité de mesure du volume utilisée à Marseille et à Toulon (France). Elle est l'équivalent d'environ 64 litres. Le millerole etait aussi le nom d'un récipient dans lequel les savonniers entreposaient l'huile d'olive.L'invention du savon